Nina Kolarek lit Violette Leduc

Violette et Lorca une effusion d’images. Exubérance. Profusion et luxuriance. Ce qu’elle nomme « baroque ». La respiration, la cadence de ses phrases « haletantes » comme disait Simone de Beauvoir. Le goût des reprises, des répétitions. Parallélismes, progressions montantes et envoûtantes. 
A la fois musicienne et peintre. Tendre et cruelle. Mélange exquis, mais vrai. « Un cri dans la journée est un soleil qu’on fait souffrir. Un cri, la nuit, est un éclair, il éventre les ténèbres. »

 

Préciosité et ésotérisme. « Préciosité de ratée », dit-elle dans la Chasse à l’Amour. La sincérité déroutante jamais impudique, toujours impudique, de quelqu’un qui dit les choses et qui pour cela prend des risques.

 

Violette- celle qui écrit « avec la souplesse d’une étoile filante. » Celle qui « n’aimait pas avec prudence ».
La sincérité. Car la politesse peut blesser, blesse. La politesse éloigne, tient en respect. « La politesse nous bouffe, elle engendre un ennui indigne des bêtes. Est-ce le vôtre Simone de Beauvoir, quand je me plains chez vous? Nous voudrions partir, nous ne partons pas. Passe le temps, nous végétons. » Et elle précise: « cette dignité artificielle m’a menée à l’entrée de l’asile des « fous ».
 Plaignons ceux qui ne perdent pas pied tout à fait. »

 

Et encore: « ceux qui ne sont pas fous, vous rendent fous. »

 

Innocence et voyance. « Mes sentiments sont trop épurés. »…
 »Je vois tout, je regarde tout avec une couronne de bougies autour de ma tête »….
 »A quoi servent, à quoi serviront mes descriptions pour lesquelles le souci d’exactitude m’épuise?… Mes extases n’ont plus cours. Un paysage n’est pas un problème à résoudre. »

 

L’outrenoir de Soulages donne à voir. Brou de noix sur papier, brou de noix qu’elle frottait sur sa peau. Tout ça parce qu’elle veut « souffrir avec plus de précision », parce que « les choses me harponnent ».(Chasse à l’amour).

 

Pas de retombées, de longueurs. Elle retient notre attention, nous tient en haleine. On est saisit, surpris, captivés.
 Celle qui avait « la mélancolie active », dont parlait Van Gogh.
 Oui, « les chagrins sont des serviteurs obscurs »(Proust)

Violette Leduc. Violeta Parra. Un rapport, une alliance. Deux violettes, du mauve et du rouge. Deux impatiences, deux violences.
 Celle qui écrivait comme Séraphine Senlis peignait. « Epanchements nocturnes autour des arbres ». Du cru et du pas cuit :
 »Je sortais par tous les temps. J’étais fière de mes cheveux mouillés par la pluie. J’enfouissais mon visage dans la serviette éponge, c’était une nuit personnelle avec ma fièvre d’étoiles. »

La phrase de Colette: « Ôtez d’auprès de moi ce qui est trop doux! Ménagez, dans le dernier tiers de ma vie, une place nette, pour que j’y pose ma crudité de prédilection, l’amour. »(Le pur et l’impur)
Avec, bien sûr, un clin d’oeil à Clarice Lispector, qui disait: « la liberté est peu. Ce que je désire n’a pas encore de nom. » (Près du Coeur Sauvage).

 

Femmes, taches, touches et pointillés. .. et quoi encore?

 

Nina KOLAREK, décembre 2013.

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