Kiev Renaud

Kiev RENAUD

Kiev Renaud

Kiev Renaud

 

Kiev RENAUD est en master de littérature française à l’Université McGill. Elle est membre des comités de lecture des revues Contre-jour et Jet d’encre et ses études sont financées par le CRSH (Conseil de Recherche en Sciences Humaines-Canada) et le FRQSC (Fonds de Recherche sur la Société et la Culture – Québec).

 L’éblouissement de la beauté dans l’œuvre de Violette Leduc : « la perfection n’est pas de ce monde même quand nous la rencontrons »

 Résumé de la communication du vendredi 17 octobre 2014 :

 

La beauté est un moteur important dans l’œuvre de Violette Leduc, ce thème étant souvent mis en parallèle avec l’obsession de l’auteure à propos de sa propre laideur. Complémentairement, je postule que le thème de la beauté dans l’œuvre leducienne traduit un rapport particulier au temps : le corps des femmes aimées chez Leduc contient à la fois une grande pureté, une présence, et la promesse d’un vieillissement à venir, la crainte de la perte. À partir des romans L’affamée (1948) et Thérèse et Isabelle (1954), j’entends questionner les descriptions du corps dans leur temporalité. Dans les deux œuvres, bien que l’âge des femmes admirées diffère, on retrouve le même télescopage des temps. Alors que le visage de la très jeune Isabelle vieillit sous les regards de Thérèse, la femme mûre dans L’affamée est décrite comme innocente, avec ce « relèvement de la lèvre supérieure sur laquelle l’enfance se survit.[2] » La métaphore filée des saisons dans la description des corps marque le passage du temps, que les personnages de Leduc appréhendent. La narratrice de Thérèse et Isabelle éprouve un sentiment de perte dès sa première rencontre avec son amante, et elle supplée à ce vide par la création de souvenirs : « Je me préparais un passé.[3] »

J’aimerais par ailleurs analyser le mouvement même au cœur des descriptions. Leduc tente de saisir des éclats de beauté, elle fait l’apologie du détail, avec une écriture myope : « une coccinelle entre mes doigts, un duvet dans mon cou, une cicatrice à la joue m’étofferait.[4] » Les passages sur la beauté représentent une quête plutôt qu’un résultat abouti, puisque la beauté est par définition insaisissable. C’est ce mouvement, cette vie, cette perte, qui émeut Leduc.

[1] V. Leduc, Thérèse et Isabelle, p. 142-143.

[2] V. Leduc, L’affamée, p. 41.

[3] V. Leduc, Thérèse et Isabelle, p. 62.

[4] V. Leduc, Thérèse et Isabelle, p. 41.

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